Ce qui me meut

Le jour de la prise de sang décisive se profile tout doucement à l’horizon. Je ne suis vraiment pas optimiste cette fois-ci, vu le mauvais timing ovulation-insémination évoqué précédemment. Encore 5 jours d’incertitude sans illusions. J’ai hâte de savoir lundi soir pour pouvoir arrêter la progestérone.

Physiquement, je suis assez fatiguée à cause de la progestérone, justement. Ma poitrine est très sensible et gonflée (comme si j’avais besoin de ça) : exit les jolis dessous pour la Saint-Valentin ! Ce ne serait rien si je n’étais pas somnolente la plupart du temps et si je n’avais pas les jambes lourdes, surtout la nuit. J’ai ressorti le coussin d’allaitement pour soutenir mes guibolles en dormant. Ça a marché : l’alliance yoga + coussin m’a permis de dormir à nouveau convenablement cette nuit. Et au diable les superstitions (je n’osais pas le réutiliser car je l’avais acheté étant enceinte).

Ces jours-ci, j’ai encore eu l’occasion de penser à ma vie et de ressasser des questions existentielles.

Où vais-je, où cours-je, dans quel état j’erre ?

Le comportement grognon d’un Ciconio épuisé ce week-end m’a laissé seule avec moi-même et avec mes questionnements. Je ne remets pas en cause le parcours PMA, je me projette déjà dans l’IAC3 qui si mes calculs se confirment aurait lieu au début du printemps. Je suis moins motivée dans mon travail, mais ça va encore. C’est plutôt de me dire que j’approche des 33 ans qui me saoule.

Je me demande parfois à quoi ça rime, tout ça ?

Je donnerais tout pour retrouver l’état d’esprit que j’avais en emménageant avec Ciconio en 2008. A l’époque, j’étais heureuse, je n’avais pas encore envie d’avoir des enfants (plus tard, me disais-je). Tout était source de joie. Je me souviens de Ciconio se moquant gentiment de moi parce que j’étais toute contente du petit abat-jour que j’avais acheté pour notre chambre. J’aimais découvrir notre nouvelle région, faire des kilomètres le week-end pour aller voir nos amis et nos familles. C’était un peu « l’aventure », cette nouvelle vie, pour moi. Après quelques mois, nous avons quitté notre location pour acheter notre première maison. Après plusieurs années à douter de moi, j’avais enfin confiance en moi, l’homme que j’aimais m’aimait, nous avions acheté une maison ensemble en 2009 et nous allions nous marier en 2010. Le mariage fut fabuleux. Je me souviens d’avoir littéralement été sur un nuage toute l’après-midi. Ce jour-là, il faisait très chaud, aux dires des invités. Moi, je n’ai senti ni la chaleur, ni la soif, rien que du bonheur.

A nos 1 an de mariage, il ne nous « manquait » que peu de choses : agrandir la famille et déménager un jour à la montagne. Une promotion de Ciconio nous a permis de réaliser ce dernier projet. En 2012, je venais de fêter mes 30 ans et nous vivions enfin dans la maison de nos rêves, dans la région de nos rêves. Celle où je passais mes vacances, petite. Ma région de cœur.

Je rêvais d’une maison comme celle-ci dans un cadre enchanteur, avec des chats et des chèvres, pour les enfants. Nous sommes en 2015. Nous avons la maison, le cadre enchanteur, deux chattes et deux chèvres.

Excusez mon goût prononcé pour le mélo. Tout ne va pas si mal. Nous nous aimons toujours autant avec Ciconio, mais nous avons perdu notre insouciance. Pourtant, je me souviens qu’en partageant notre désir d’enfant tout au début, nous ajoutions toujours « enfin, si ça marche, il y en a pour qui ça ne marche pas tout de suite ». Comme si nous pressentions que ça allait être un combat. Nous avions toujours en tête l’exemple des oncles de Ciconio n’ayant pas pu avoir d’enfants ou ayant dû passer par les FIV.

Depuis, nous avons vécu l’enfer de la fausse couche en 2013, l’envie d’agir en 2014 en nous lançant dans la PMA et l’adoption. J’ai encore le goût amer du rapport psychologique dans la bouche. Je redoute les deux séances avec le nouveau psy. Il ne nous a pas encore contactés, mais ça ne devrait plus trop tarder. La peur n’évite pas le danger… Je ne sais toujours pas sur quel pied danser et quel discours avoir face à lui. Devons-nous lui parler de la PMA en disant que nous nous sommes décidés cet hiver et avons essayé ? Je suis toujours dans le flou. Le flou total. En vérité, j’ai tellement été dégoûtée de cet acharnement de Maléfique que j’en ai encore mal aux tripes en y repensant. J’ai perdu confiance en notre capacité à convaincre que l’on puisse être de bons parents adoptifs. Les seuls au courant sont la famille de Ciconio, et moi je n’ai même pas réussi à en parler aux miens. J’ai honte de raconter ce rapport psy. J’ai tellement honte… J’aurais presque besoin d’une séance avec un psy pour me remettre des séances avec cette TUUUUUUUT de Maléfique. Vous y croyez, vous ?!

Quant à la nature, je ne lui fais plus trop confiance, contrairement à ce que me conseille ma mère. Comme si la nature nous avait fait des cadeaux depuis plus de 3 ans et demi ! Oui, ma mère a été exemplaire depuis notre coming-out PMesque à l’automne, sauf avec cette phrase prononcée à l’annonce de l’échec de l’IAC1 : « Il faut aussi essayer naturellement…! ». Nan, tu crois ?! ! Je n’y avais jamais pensé, tiens ! No comment.

Bref, dans mes moments de déprime, qui heureusement ne sont pas permanents, plus rien ne m’intéresse que de plonger mon esprit dans le virtuel avec des séries télé, des bouquins, de la musique, et mon corps dans la bouffe, le sommeil… J’aimerais pouvoir fonctionner en mode « tout automatique » en débranchant mes émotions de mon corps. « Vivre » comme un robot pour ne plus rien ressentir.

Je me demande « ce qui me meut ». Je ne sais plus trop.

L’amour de Ciconio, bien entendu. Celui de ma famille et de mes amis. Mais ce qui ressort en permanence et m’obsède, c’est devenir mère. Je n’arrive plus vraiment à trouver d’autre grand objectif dans ma vie. Si ça ne marche pas, j’ignore ce que je ferai. Je sais que c’est possible en lisant les témoignages des femmes qui sont passées par là. Mais je sais que ça me demandera des efforts surhumains.

J’essaye quand même la plupart du temps de m’occuper sainement, ce qui n’est pas évident quand c’est calme au boulot comme cette semaine. Je m’occupe en lisant et en commentant vos blogs, bien évidemment, puis en m’occupant de mes mascottes et de la maison. J’ai récemment fabriqué mon déodorant maison. J’utilise de moins en moins de produits non naturels. J’en étais déjà au bio et éco depuis un bail, y compris pour les produits ménagers, mais en ce moment j’ai plaisir à me renseigner sur ce que je peux fabriquer moi-même. Sans doute un besoin de me sentir « fertile » à ma manière. Je sais que vous me comprenez.

Et puis j’essaye tant bien que mal de me concentrer sur ce qui va bien. La beauté de ce qui m’entoure, déjà, hier le coucher de soleil rose-orangé sur les collines enneigées. Mes plantes qui grandissent bien et dont je prends soin… La douceur et l’espièglerie de mes mascottes. Le bien-être aux cours de yoga et de zumba, ou sur mes raquettes à neige. Ce matin, la surprise de recevoir plusieurs lettres de ma filleule de l’association. Ils s’étaient trompés d’adresse alors je reçois même sa lettre de décembre 2013. Mes larmes en lisant la traduction « maman » pour me désigner. Je suppose qu’il n’existe pas de « marraine » là-bas. La culpabilité d’avoir laissé en plan mon auto-apprentissage de sa langue, par paresse et découragement… Me dire qu’il faut que je reprenne les choses en main pour pouvoir lui écrire dans sa langue et comprendre ses lettres sans traduction.

Les chutes de neige de la semaine passée ont laissé place à un soleil resplendissant. Fini les corvées de pelletage et bonjour les promenades dans la nature. J’ai redécouvert cette sublime chanson de Ed Sheeran lors de ma promenade dominicale. J’adore quand un morceau s’accorde parfaitement avec le lieu et l’instant présent.

 

Je ne sais plus trop ce qui me meut, mais je continue quand même à avancer. Coûte que coûte.

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36 réflexions sur “Ce qui me meut

  1. C’est triste ma belle et tu écris si bien… le doute et les craintes sont bien légitimes en cette période mais chaque chose en son temps, garde une petite place pour l’espoir. Vous les aurez vos petits. Coute que coute mais vous les aurez, vous vous battez pour. C’est bien triste de devoir vivre tout ça, c’est votre, notre chemin. Il est dur à parcourir mais tu t’accroches comme une lionne. Des gros bisous émus, j’espère si fort pour vous ♡

    • Merci… Tu ne t’imagines pas à quel point c’est significatif que tu sois la première à réagir par ces mots… Tu es la première PMette que j’ai lue et pour qui j’ai espéré. Alors tes encouragements me touchent au plus haut point. J’ai une petite baisse de régime, mais ça va revenir, comme toujours 😉 Les montagnes russes… Gros bisous ❤

      • Oh ben c’est gentil dis donc 🙂 oui j’ai réussi à aller jusqu’au bout cette fois et j’ai un petit gars et une petite fille dont j’essaie de raconter les premiers mois sur un blog de connasse de MILK pas trop assumée qui se planque derrière une privatisation bloguesque 😉 force et courage Ballerine, et des bisous !

      • Tu as été une des premiers que j’ai lue avant même mon parcours pma , et j’espérais pour toi que tout se soit bien passée ..!! Je suis tres heureuse que tu es le choix de la reine apres tes années de combat, le mois ou tu n’y croirait pas en plus 😘😘

  2. Oh ciconia, tu poses vraiment bien les mots sur nos maux – je ressens ce que tu écris . Merci
    Je me sens moins seule et la seule chose que je peux te dire pour te remonter le morale est que ça peut marcher ton Iac oui oui ça peut
    Plein de câlins de réconforts

  3. C’était pas le but mais je suis épatée par ton post. Il est très bien écrit, j’ai eu l’impression de te « voir »…
    Bon courage pour ces journées d’attente.
    Des bisous…

    • Waouh Miliette, c’est un sacré compliment que tu me fais là…! J’avais ces phrases « en gestation » depuis des jours sans oser ou parvenir à les écrire, puis je me suis lancée et ça m’a vraiment fait beaucoup de bien. Alors savoir qu’il a été apprécié par les lectrices, c’est la cerise sur le gâteau. Gros bisous à toi aussi ❤

  4. C’est beau la façon dont tu couche sur le papiers les choses … Mais ça fait mal au bide de le lire aussi … Jespere pour toi que si cette fois si n’est pas la bonne la prochaine fois on bloquera ton ovulation et ce sera la bonne … Bisous

    • Tu l’as dit : je mise tout sur les prochaines tentatives si celle-ci foire. Après tout, l’expérience sert à ça : améliorer le protocole pour augmenter les chances de réussite. J’espère que tu continues à bien de remettre de ton opération, gros bisous (et désolée pour toutes ces annonces de grossesse autour de toi… je compatis…) ❤

      • En 2013 j’avais fait la moyenne du nombre d’annonces de grossesse : il y en avait eu 1 toutes les 6 semaines (je dis bien la moyenne car je m’en étais tapée 2 rien que le jour de Noël et qu’en général les gens se donnaient le mot pour faire leurs annonces le même jour)…

      • Comme je te comprends… Idem pour nous… Le seul couple restant pour qui c’était un peu long et qui avait des problèmes avérés (autant lui qu’elle) ont réussi l’année dernière. Nous, les médecins ne savent pas ce qu’on a et ça ne marche pas. Elle avait une trompe bouchée (donc grossesse possible seulement un mois sur deux) et lui un spermogramme pas top. Je ne vais pas dire que je ne suis pas contente pour eux, car ils ont galéré, mais quand même, le petit diable dans ma tête me souffle : pourquoi eux et pas nous ?

  5. Il est très beau ton post. Et je comprends parfaitement tes regrets et tes doutes quant à l’avenir. Tout se déroulait bien jusqu’à cette saleté d’infertilité. c’est une sacré baffe dans une vie.
    Plein de courage pour cette attente et je souhaite de tout coeur que bientôt, tu n’aies plus besoin de te poser ces questions… 😉
    Des bisous de réconfort !

  6. Que c’est difficile tout ce vécu, et il n’y a d’autres solutions que de garder espoir, de sombrer pour mieux remonter, d’attendre… C’est cruel de démarrer ainsi la vie de famille souhaitée… Elle arrivera un jour, je vous l’espère fort, énorme courage et bises

    • Merci Bounty ! Tu sais de quoi tu parles ! Oui, je ne culpabilise pas de « toucher le fond » car je sais que je remonte toujours grâce à mon entourage et aux copinautes 🙂
      On continue le voyage, coûte que coûte 😉 Gros bisous

  7. Je suis très émue par ton post… Cette baisse de régime est si légitime, on ne peut pas être toujours a fond dans ce parcours. Il use, il abîme, il fait mal et c’est vrai il nous prive de l’insouciance..
    Tu es forte, et plus que tu ne le penses. Je croise intensément pour vous, gardez espoir, aimez vous et ne lâchez rien!
    Plein de bécots.

  8. Eh bien, c’est fou ! Nous sommes au même stade (ou presque) de notre DPO, et nous avons toutes les deux notre coup de blues ! Un trop plein de progestérone ? Moi aussi je suis mélancolique et je suis pessimiste quant au résultat… Je comprends à 100% ce que tu ressens, je ne peux que te soutenir. Et c’est drôle, mais moi aussi j’ai envie d’arrêter les traitements à deux balles et vite passer au prochain cycle. Comme ça au moins on a l’impression d’avancer !

    • Sûrement que les hormones jouent sur l’humeur… Je ne me souviens plus trop de mes réactions à ce stade pour la 1e IAC… Ben écoute, on va se soutenir l’une l’autre jusqu’au bout 😉 Ta PDS c’est mardi ? Gros bisous et je croise pour toi aussi !!!

  9. « Si ça ne marche pas, j’ignore ce que je ferai. Je sais que c’est possible en lisant les témoignages des femmes qui sont passées par là. Mais je sais que ça me demandera des efforts surhumains. » Cette phrase là j’aurais pu l’écrire mot pour mot, mais il est trop tôt pour penser à ça. Tu es positive malgré tout, tu y arrives parce qu’il y a du beau et du bon dans ta vie. Il y a de la place encore pour beaucoup d’espoir. J’y crois fort et croise encore plus. Des bisous ❤

    • Je te remercie ma chère congénère 😉
      Cet article était « en gestation » dans ma tête depuis plusieurs jours et ça m’a fait un bien fou de le mettre par écrit. Je me sens bien mieux depuis. Et tu as tout à fait raison, il y a tant de belles choses dans ma vie que j’ai déjà beaucoup de chance. Gros bisous !

  10. il est très beau cet article ma belle. Mélancolique certes mais si bien écrit…
    Je t’embrasse bien fort.

    PS je ne désespère pas qu’un jour tu nous fasse un post avec mdp sur tes « mascottes »…

  11. Perdre son innocence par apport à la vie, et perdre son insouciance… voilà bien un point commun!
    ce qui me meut, c’est la perspective d’un nouvel, et dernier essai, mais après?
    Vous avez encore un peu de temps (presque 10 ans de plus que nous!), alors, imaginons, rêvons, vous aurez tout votre temps pour y arriver.
    Et retrouver la légèreté.

    Le plus tôt sera le mieux, peut-être déjà en cours… et sinon, ton horoscope parlait du printemps je crois, c’est bientôt!
    Bisous

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